Direction de l’Agriculture et du Développement Rural

De bonnes perspectives de récoltes dans un contexte marqué par des niveaux de stocks encore faibles et des taux de malnutrition élevés

L’hivernage 2012 a été marqué par une bonne répartition spatiale et temporelle des pluies. Les cumuls pluviométriques ont été supérieurs à ceux de la moyenne de référence 1971-2000. Sur le plan hydrologique, cette bonne pluviométrie a engendré des débits et des volumes d’eau supérieurs à ceux des années de référence (1985, 2011 et moyenne 2002-11), qui ont entraîné des inondations au niveau des bassins de différents cours d’eau, notamment au Niger, au Nigéria, au Bénin, au Sénégal, en Gambie et au Tchad. Des pertes en vies humaines ont été déplorées et des dégâts sur les infrastructures et les cultures, notamment le riz, ont été enregistrés par endroits.

La situation phytosanitaire a été globalement calme. Cependant, la présence d’essaims de criquets pèlerins signalée au Niger, au Tchad et au Mali, constitue une menace pour la région.

Sur le plan pastoral, les pâturages sont abondants et les points d’eau bien remplis dans l’ensemble des pays. La situation zoosanitaire est relativement calme.

Les cultures ont bénéficié de bonnes conditions hydriques favorables à leur croissance et à leur développement, promettant de bonnes productions. A l’exception du Burkina Faso dont les chiffres sont attendus, la production céréalière totale attendue dans les autres pays du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest au titre de la campagne agricole 2012-13 se chiffre à 57 318 000 tonnes, dont 13 688 000 tonnes de riz, 17 622 000 tonnes de maïs, 11 096 000 tonnes de mil, 14 341 000 tonnes de sorgho et 571 000 tonnes d’autres céréales. Cette production est en hausse de 13% par rapport à l’année dernière et de 18% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. La production d’igname a augmenté de 2% et celle de manioc baissé de 3% par rapport à 2011-12.

L’insécurité alimentaire dans les pays durement affectés par la forte baisse de production céréalière en 2011-12 (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Gambie et Tchad) a été atténuée non seulement par les diverses interventions des gouvernements et leurs partenaires, mais également par l’arrivée des nouvelles récoltes. Cependant, à cause des inondations, des prix élevés des aliments, l’endettement, l’érosion des moyens d’existence et les déplacements de populations liés à la crise malienne, les ménages pauvres continuent à faire face à des difficultés alimentaires et nutritionnelles.

La situation nutritionnelle constitue toujours une préoccupation dans la région, notamment au Sahel, malgré les bonnes perspectives de récoltes et les actions d’intervention des Etats. La malnutrition aigüe est supérieure au niveau critique (10%), notamment dans les régions Nord, Centre Nord et Est au Burkina Faso et dans la région de Kayes au Mali. Elle est supérieure au seuil d’urgence (15%) dans les régions de Zinder, Maradi, Diffa et Tillabéry au Niger, dans les départements de Kanel, de Ranérou et de Podor au Sénégal, dans la bande Sahélienne du Tchad et dans les régions Sud et Sud Est de la Mauritanie.

Concernant les marchés, les mauvaises productions enregistrées en 2011 ont beaucoup impacté les prix qui ont affiché des tendances haussières régulières jusqu’au mois de mai 2012. Le bon démarrage et le déroulement de l’hivernage 2012-13 ont permis d’atténuer ces hausses. Des baisses de prix ont été observées dès septembre 2012 et se sont généralisées progressivement d’Est en Ouest. Cependant, ces prix demeurent élevés par rapport à leurs niveaux d’octobre 2011 et à la moyenne des cinq dernières années. Compte tenu des besoins de reconstitution des stocks par les ménages et les offices céréaliers, les prix pourraient ne pas connaître une baisse importante en 2013 malgré les bonnes productions, notamment pour le mil.

Les prix du bétail ont été en général stables mais restent toujours élevés. Les termes de l’échange (bétail/céréales) se sont légèrement améliorés avec l’embonpoint des animaux et la baisse des prix des céréales à partir de la mi-septembre 2012. Les prix du bétail pourraient se maintenir à leur niveau actuel et les termes de l’échange s’améliorer.

En perspectives, les bonnes productions céréalières attendues pourraient assurer des disponibilités importantes pour un bon approvisionnement des marchés et améliorer ainsi l’accès alimentaire.

Les recommandations du RPCA

Tenant compte de tout ce qui précède, le RPCA recommande ce qui suit :

A l’endroit des pays :

Prioritairement :

  • Maintenir la veille et la lutte contre le criquet pèlerin dans les pays de la ligne de front (Mauritanie, Mali, Niger et Tchad) ;
  • Maintenir la veille sur la situation alimentaire et nutritionnelle, y compris auprès des populations maliennes déplacées et réfugiées, et proposer des plans de réponse le cas échéant ;
  • Renforcer les actions de prévention et de prise en charge de la malnutrition aigüe et chronique.

Par ailleurs :

  • Initier et appuyer les programmes de production de contre saison et de renforcement des moyens d’existence pour améliorer la résilience des populations en situation d’insécurité alimentaire ;
  • Créer un environnement favorable à l’investissement privé, en particulier par les producteurs agricoles, dans les chaines de valeur agricoles afin d’apporter une solution structurelle aux crises alimentaires.

A l’endroit de la CEDEAO et de l’UEMOA :

Prioritairement :

  • Travailler avec le CILSS, la FAO et les autres institutions spécialisées dans le domaine pour renforcer le mécanisme de surveillance et de prévention, et ainsi faire face à la menace acridienne.

Par ailleurs :

  • Améliorer le climat des affaires pour favoriser les investissements privés, en particulier par les producteurs agricoles, dans la production et les chaines de valeur agricoles ;
  • Saisir l’opportunité offerte par l’Alliance AGIR Sahel et Afrique de l’Ouest pour améliorer et accélérer la mise en oeuvre des PNIA et du PRIA ;
  • Appuyer la mise en oeuvre du Cadre Harmonisé dans les pays membres. A l’endroit du dispositif régional d’information (CILSS, FAO, FEWS NET) :
  • Assurer à chaque réunion du RPCA la production systématique de cartes sur l’insécurité alimentaire, incluant le degré de vulnérabilité, le nombre de personnes touchées, et les actions envisageables.

A l’endroit des Partenaires techniques et financiers :

  • Continuer à soutenir la veille et la lutte contre le criquet pèlerin dans les pays de la ligne de front (Mauritanie, Mali, Niger et Tchad) ;
  • Dans le cadre des PNIA et du PRIA, continuer à appuyer la mise en oeuvre de projets de développement de l’Agriculture et de l’entrepreunariat agricole pour apporter des solutions structurelles aux crises alimentaires ;
  • Soutenir le renforcement des capacités pour l’appropriation du Cadre Harmonisé au niveau national et régional.

Fait à Ougadougou, le 5 décembre 2012

mercredi 5 décembre 2012